Femmes dans l’immobilier : une parité statistique, un pouvoir encore largement masculin

La place des femmes dans l’immobilier a fortement évolué ces dernières années. Les effectifs se sont largement féminisés et la parité est désormais atteinte, voire dépassée dans certains métiers du secteur. Pourtant, cette progression reste incomplète dès lors que l’on observe la gouvernance, les niveaux de rémunération et l’accès aux fonctions de décision.

Les données de l’Observatoire de la Charte de la Parité dans l’Immobilier, produites par l’IEIF, confirment une réalité désormais bien documentée : l’immobilier a féminisé ses effectifs, mais pas encore ses centres de pouvoir.

Les femmes dans l’immobilier sont majoritaires dans les effectifs

Selon l’enquête menée fin 2022 auprès de 87 entreprises signataires de la Charte, 51,7 % des salariés du secteur immobilier sont des femmes. Ce taux place l’immobilier légèrement au-dessus de la moyenne nationale tous secteurs confondus.

Les femmes sont particulièrement présentes dans la transaction, la gestion locative, l’administration de biens et les fonctions support.

Cette présence se retrouve également dans la perception du public. D’après le sondage Ipsos réalisé pour Orpi, 22 % des Français considèrent encore les métiers de l’immobilier comme plutôt masculins, mais plus de 8 Français sur 10 recommanderaient à une femme de leur entourage d’y travailler.

Le secteur n’est donc plus perçu comme inaccessible aux femmes. Le frein n’est plus symbolique.

Pourquoi les femmes dans l’immobilier restent minoritaires dans les postes de direction

Le déséquilibre apparaît clairement dès que l’on observe les fonctions de direction.

Toujours selon l’Observatoire, on compte en moyenne 3 femmes pour 5,5 hommes au sein des Comex et Codir. Plus frappant encore, 26 % des entreprises interrogées ne comptent aucune femme dans leurs instances dirigeantes.

Autrement dit, la féminisation du secteur ne se traduit pas mécaniquement par une féminisation du pouvoir. La progression s’arrête à un certain niveau hiérarchique, ce que plusieurs dirigeantes interrogées qualifient de « mur de verre ».

Une sous-représentation persistante dans les plus hauts salaires

SLe déséquilibre est encore plus marqué lorsqu’on observe les rémunérations.

L’étude révèle que seules 3,6 femmes en moyenne figurent dans le top 10 des plus hauts salaires des entreprises interrogées. Ce chiffre est stable d’une année sur l’autre, signe que la progression reste lente.

Dans certains segments pourtant très féminisés — promotion immobilière, foncières, immobilier d’entreprise — la concentration des rémunérations élevées reste majoritairement masculine.

La féminisation des équipes ne suffit donc pas à redistribuer la valeur économique.

Parentalité et trajectoires : un point de rupture identifié

Parmi les facteurs explicatifs, la parentalité reste centrale.

Selon l’Observatoire, la maternité et plus largement la parentalité constituent encore un frein majeur à l’évolution de carrière des femmes. Les entreprises se déclarent mobilisées sur le sujet, mais les dispositifs restent limités et inégalement déployés.

Les témoignages recueillis dans l’étude évoquent des arbitrages de carrière, une moindre exposition aux projets stratégiques et une progression plus lente après un congé maternité.

Le sujet n’est donc pas seulement culturel, il est également organisationnel.

Des écarts de salaire qui résistent

L’égalité salariale demeure un autre point de tension.

Si la loi encadre désormais ces sujets, seules 44,6 % des entreprises interrogées déclarent accorder des augmentations plus élevées aux salariées pour corriger les écarts existants.

L’Observatoire souligne que les situations défavorables restent trop nombreuses pour être compensées par des mesures ponctuelles.

En clair, les moyens engagés ne sont pas encore à la hauteur des déséquilibres constatés.

Une prise de conscience encore incomplète

La Charte de la Parité dans l’Immobilier, lancée en mars 2022, vise précisément à objectiver ces écarts et à fixer des trajectoires de progrès.

Parmi les objectifs affichés :

  • recruter et promouvoir 50 % de femmes à des postes opérationnels
  • augmenter de 10 % par an le nombre de femmes à des postes de management

Mais l’étude note également un manque d’anticipation sur les obligations à venir, notamment en matière de transparence salariale.

L’égalité professionnelle progresse là où la direction s’en saisit comme d’un sujet stratégique, pas uniquement comme un engagement RH.

Un enjeu désormais économique

La question de la place des femmes dans l’immobilier dépasse aujourd’hui le registre de l’égalité professionnelle.

Dans un secteur confronté à une baisse des volumes, à une transformation réglementaire et à une tension sur les talents, la parité devient aussi un levier d’attractivité et de performance.

Les auteurs de l’étude le rappellent : la diversité dans les instances dirigeantes peut favoriser la motivation, la fidélisation et le renouvellement des compétences.

À l’inverse, la persistance de déséquilibres structurels peut constituer un frein dans un marché déjà sous pression.

Conclusion

L’immobilier n’est plus un secteur fermé aux femmes. Les chiffres le montrent clairement.

Mais la féminisation des effectifs ne s’est pas encore traduite par une redistribution équivalente du pouvoir, des responsabilités et des rémunérations.

La parité progresse en surface.
Le cœur du modèle, lui, reste encore à transformer.


Sources

Observatoire de la Charte de la Parité dans l’Immobilier

Ipsos – Les femmes : des profils plébiscités dans l’immobilier

Deepki – études sur la diversité dans l’immobilier